La couture du kesa

On le dit souvent : le kesa et zazen sont comme les deux ailes d'un oiseau. Le kesa ne peut être compris qu'à partir de la pratique de zazen et le zazen lui-même ne prend toute sa dimension spirituelle que lorsqu'il est pratiqué avec le kesa.

Le kesa peut être décrit ; on peut expliquer comment faire pour le confectionner selon les manières transmises. On peut décrire les mesures, les distances entre les points, la façon d'assembler les pièces ou comment le porter, l'entretenir, etc. On peut même écrire sur les aspects spirituels du kesa, sur ce qu'il représente et symbolise.

Mais tout écrit sur le kesa restera bien éloigné du kesa lui-même car les écrits, les explications sont trop étroits pour englober la dimension du kesa. Ce que nous pouvons exprimer par les mots limite le kesa car les mots naissent de notre esprit dualiste. On se rend compte alors que l'essentiel nous échappe. L'essence du kesa ne se trouve pas dans les aspects techniques et finalement le kesa ne peut pas être décrit avec nos catégories mentales de temps, d'espaces, de comparaisons.

Aussi, la véritable transmission du kesa, comme celle de la Voie, ne peut-elle se faire qu' I Shin Den Shin (d'âme à âme), en pratiquant ensemble, en allant au-delà de soi-même, au-delà de ses opinions et de ses habitudes. En suivant les règles transmises. Devenir un avec la pratique, transcender les aspects "techniques"; c'est ce que nous pratiquons en zazen et c'est comme cela que se transmet la couture du kesa.

 

 

Approfondir la couture du kesa, c'est approfondir la connaissance de soi, de la Voie. Il est important de ne pas arrêter mais de toujours continuer, de s'exercer pour l'exercice lui-même. Continuer sans attendre d' obtenir un résultat fini, achevé. Pratiquer pour le moment lui-même, et coudre sans précipitation ni lenteur, avec toujours la même application totale sur chaque point que l'on coud. Même si l'on est supposé finir un kesa dans un certain délai.

 

 

Ainsi, en mettant toute son attention dans la couture, on rend le point beau et complet. Si on est en unité avec le simple point que l'on fabrique, en unité avec l'action de l'aiguille qui unit le fil et le tissu, concentré sur sa posture et sa respiration dans le moment présent, alors chaque point devient ainsi la complète réalisation de la Voie. Chaque instant de pratique devient un des innombrables points qui constituent un kesa. On réalise alors qu'il en va de même avec chaque action de notre vie.

 

A bientôt au dojo pour la prochaine séance de couture ensemble. Bon gyoji.

Sengyo.